Éthique du facilitateur : Quel facilitateur voulez-vous être ?

 

Il n’y a pas de propositions éthiques, il n’y a que des actes éthiques

Ludwig Wittgenstein

Nous nous sommes inspirés pour ce nouvel article de travaux produits par l’Association Internationale des Facilitateurs (IAF), et notamment le Code d’Ethique du facilitateur.

Pourquoi donc ?

La facilitation est un nouveau métier qui n’est pas encore toujours bien compris dans les organisations.

C’est pourquoi l’Association Internationale des Facilitateurs, dans son envie de promouvoir la facilitation, s’est attelée à définir plus précisément les contours de ce nouveau métier.

Ce Code d’Éthique est utile à maints égards, à la fois pour aider le facilitateur à se positionner dans sa pratique, et pour se positionner face à son environnement, notamment face au sponsor/commanditaire.

Il offre avant tout un cadre et ne doit pas pour autant dicter votre conduite de facilitateur. Il sert surtout comme éclaireur de votre pratique.

Cliquez sur l’image pour télécharger le Code d’Éthique du facilitateur

Le Code d’Éthique du facilitateur se compose des 8 articles suivants :

  1. Au service du client

Nous sommes au service de nos clients et utilisons nos compétences en animation de groupe pour ajouter de la valeur à leur travail. Nos clients incluent les groupes que nous facilitons et ceux qui contractent avec nous en leur nom. Nous travaillons en étroite collaboration avec nos clients pour comprendre leurs attentes afin de fournir le service approprié et pour que le groupe produise les résultats souhaités. Il est de notre responsabilité de nous assurer que nous sommes compétents pour gérer l’intervention. Si le groupe décide qu’il doit aller dans une direction autre que celle initialement souhaitée par le groupe ou par ses représentants, notre rôle est d’aider le groupe à progresser, en conciliant l’intention initiale et la nouvelle direction. 

En quoi cet article est-il éclairant pour la pratique du facilitateur ?

  • Il rappelle que la facilitation est basée sur la production de livrables, ce qui la différencie du coaching, qui lui vise plutôt la progression d’un groupe ou d’un individu vers l’atteinte de ses objectifs.
  • Il pose également le droit qu’a tout facilitateur de refuser d’animer un atelier s’il ne s’en sent pas capable. Il souligne ici l’humilité du facilitateur qui se connaît, et qui est conscient de ses capacités et qui s’interroge sur ce qui conviendrait le mieux à l’accompagnement dont aurait besoin le groupe.
  • Il précise également que le facilitateur doit prendre en compte les attentes du sponsor ainsi que ceux du groupe. Un vrai travail de contorsionniste mais qui permet au final d’avoir un groupe engagé par des livrables utiles et soutenu par un sponsor prêt à en faciliter le développement. D’où l’importance d’être à l’écoute du groupe pendant l’animation mais également de travailler avec le sponsor de manière étroite en amont de l’atelier. De prendre du temps pour comprendre ses enjeux et de faire des aller-retours pour peaufiner le déroulé de l’atelier.
  1. Conflit d’intérêt

Nous reconnaissons ouvertement tout conflit d’intérêts potentiel. Avant d’accepter de travailler avec nos clients, nous discutons ouvertement et honnêtement de tout conflit d’intérêts, parti pris personnel, connaissance préalable de l’organisation ou de toute autre question pouvant nous sembler nous empêcher de travailler efficacement avec les intérêts de tous les membres du groupe. Nous faisons cela pour que, ensemble, nous puissions prendre une décision éclairée au sujet de la procédure et éviter tout malentendu pouvant nuire au succès ou à la crédibilité de nos clients ou de nous-mêmes. Nous nous abstenons d’utiliser notre position pour garantir des privilèges, des gains ou des avantages injustes ou inappropriés. 

En quoi cet article est-il éclairant pour la pratique du facilitateur ?

  • Il insiste tout d’abord sur la préparation de l’atelier. Le mieux pour un facilitateur, surtout débutant, n’est pas forcément d’arriver en atelier, la fleur au fusil et d’accompagner le groupe en faisant appel à son instinct et en improvisant.

Il peut être utile de passer du temps en amont pour recueillir les informations utiles (contexte passé, enjeux, conflits potentiels, profil des participants, …). Mais sans forcément trop en savoir non plus. L’objectif n’est pas que vous deveniez expert des sujets qui seront traités dans l’atelier ou de l’histoire de l’équipe.  Sans quoi vous aurez moins de facilité à mettre en œuvre un des supers pouvoirs du facilitateur : celui de jouer à l’ingénu pour qui rien n’est normal. Posture qui vous amènera à poser très probablement des questions neuves et décadrantes pour le groupe. 

  • La dernière partie de cet article est également intéressante. Elle parle de responsabilité du facilitateur. Il est notamment du devoir du facilitateur d’alerter son client si le cadre de l’atelier peut nuire à la démarche. Par exemple si le sponsor vise trop d’objectifs à la fois, si le temps alloué à l’atelier n’est pas du tout suffisant pour répondre aux objectifs, si on fait travailler le groupe sur un terrain de jeu qui n’est pas le sien ; ce qui pourrait générer, en plus d’une inefficacité du groupe, de la frustration.
  • L’article évoque enfin qu’il est important de garder en tête qu’animer un processus d’intelligence collective n’a rien d’anodin et que cela impacte forcément le groupe accompagné.
  1. Autonomie du groupe

Nous respectons la culture, les droits et l’autonomie du groupe. Nous recherchons le consentement conscient du groupe au processus et son engagement à participer. Nous n’imposons rien qui compromette le bien-être et la dignité des participants, la liberté de choix du groupe ou la crédibilité de son travail. 

 En quoi cet article est-il éclairant pour la pratique du facilitateur ?

Ce petit article nous dit en fait des choses très importantes.

  • Tout d’abord, pour paraphraser, cet article nous dit que faciliter c’est accompagner un groupe vers l’atteinte autonome d’un résultat souhaité.

Autrement dit cela suppose que sponsor et facilitateur sont convaincus que le groupe est capable d’atteindre les résultats souhaités. Capable et légitime. Si nous avons réunis de tels participants c’est que nous les jugeons les plus aptes à réfléchir à de nouvelles actions. 

Cela veut dire par exemple que si vous êtes manager et que vous vous positionnez en facilitateur pour animer un atelier d’intelligence collective, vous êtes persuadé que les participants sont plus légitimes que vous pour trouver de nouvelles idées.

Autonomie du groupe veut dire que sponsor et facilitateur respectent l’espace du groupe et n’ont pas besoin de donner leurs idées à tout bout de champ.

  • Cet article pose aussi la notion de liberté du groupe. Les participants sont libres d’aller où ils le souhaitent dans le cadre du terrain de jeu donné par le sponsor. Une liberté garantie à l’intérieur d’un cadre clair.

Je me permets ici de rappeler l’importance de définir le bon terrain de jeu avec le sponsor dans la préparation de votre atelier. Pour que cette liberté justement soit garantie et que les idées proposées par les participants ne soient pas rejetées par ce qu’ils seraient allés trop loin (cf article https://media.worklab.fr/pourquoi-et-comment-definir-annoncer-bon-terrain-de-jeu-atelier-collaboratif/).

  • Liberté signifie aussi qu’on ne contraint jamais personne à aller là où il ne le souhaite pas. Cela signifie parfois respecter les silences, les non-dits, le refus d’un participant de participer pleinement à tous les exercices proposés. Encore une fois on respecte ici l’autonomie du groupe.
  1. Processus, méthodes et outils

Nous utilisons les processus, méthodes et outils de manière responsable. En concertation avec le groupe ou ses représentants, nous concevons des processus qui permettront d’atteindre les objectifs du groupe, puis sélectionnons et adaptons les méthodes et les outils les plus appropriés. Nous évitons d’utiliser des processus, méthodes ou outils avec lesquels nous sommes insuffisamment qualifiés ou qui ne correspondent pas aux besoins du groupe. 

En quoi cet article est-il éclairant pour la pratique du facilitateur ?

Cet article parle de choisir finement ses outils. D’établir un processus propre au contexte, aux enjeux, au public. Ce qui fait que nous devrions avoir finalement des déroulés uniques et propres à chaque nouvel atelier.

Il en est de même pour nos outils. Selon le contexte de l’atelier, le temps que vous avez mais également votre propre sensibilité de facilitateur, vous n’utiliserez pas les mêmes outils.

Certains seront trop complexes pour vous ou le groupe, d’autres trop ludiques, d’autres encore qui ne pousseront pas assez la précision des idées,…

A vous de choisir subtilement vos ingrédients pour concevoir un déroulé qui vous ressemble, qui conforte votre sponsor, et qui réponde au mieux aux enjeux de l’atelier et aux besoins des participants.  

  1. Respect, sécurité, équité et confiance

Nous nous efforçons de créer un environnement de respect et de sécurité dans lequel tous les participants ont confiance de pouvoir parler librement et où les frontières individuelles sont respectées. Nous utilisons nos compétences, nos connaissances, nos outils et notre sagesse pour susciter et honorer les perspectives de tous. Nous souhaitons que toutes les parties prenantes concernées soient représentées et impliquées. Nous promouvons des relations équitables entre les participants et le facilitateur et veillons à ce que tous les participants aient l’occasion d’examiner et de partager leurs pensées et leurs sentiments. Nous utilisons diverses méthodes pour permettre au groupe d’accéder aux dons naturels, aux talents et aux expériences de vie de chaque membre. Nous travaillons de manière à respecter l’intégralité et l’expression de soi des autres, en concevant des séances qui respectent les différents styles d’interaction. Nous comprenons que toute action que nous entreprenons est une intervention susceptible d’affecter le processus. 

En quoi cet article est-il éclairant pour la pratique du facilitateur ?

  • Cette partie du code d’éthique nous rappelle que la facilitation poursuit un double objectif : celui de la production et de la cohésion du groupe. Le facilitateur ne cherche pas simplement à atteindre les livrables définis avec le sponsor. Il garde également toute son attention sur le groupe. Rappelons-le, un groupe autonome dont on cherche à favoriser au mieux la cohésion.

Et cela passe notamment par le fait de poser un cadre de confiance qui garantisse à chaque participant sa place et la libre expression.

Une fois le cadre posé, le facilitateur veillera à être pleinement présent pendant tout l’atelier. Pas simplement dans l’écoute du contenu, de ce qui est produit par les participants, mais également sensible à tout le reste. Il cherchera à prendre soin du groupe, à observer qui est en retrait, qui prend trop de place, qui ne s’est pas exprimé, quels éventuels non-dits il ressent, quelles tensions s’expriment, …

Il cherchera à valoriser chaque membre du groupe, à « honorer » chaque présence. Car chacun est précieux dans sa présence au groupe, chaque contribution, chaque idée est précieuse. Chacun a sa place dans le groupe autant qu’un autre, de manière égale. Chacun mérite d’être écouté pour ce qu’il a à dire, fut-ce de manière brute, parfois hésitante ou complexe. Il revient alors au facilitateur d’accompagner chacun dans son expression la plus authentique et constructive possible.

  • La dernière phrase de cet article est également intéressante. Elle parle de conscience du facilitateur de son influence sur le groupe. Un facilitateur, par son déroulé, par les consignes qu’il donne mais également par sa présence, son écoute, ses interventions et même son absence d’intervention, influence forcément le collectif.
  1. Gérance du processus

Nous pratiquons la gestion du processus et l’impartialité à l’égard du contenu. Tandis que les participants apportent des connaissances et une expertise concernant la substance de leur situation, nous apportons des connaissances et une expertise concernant le processus d’interaction de groupe. Nous sommes vigilants pour minimiser notre influence sur les résultats du groupe. Lorsque nous avons des connaissances sur le contenu qui ne sont pas autrement disponibles pour le groupe et que le groupe doit être efficace, nous les proposons après avoir expliqué notre changement de rôle.  

En quoi cet article est-il éclairant pour la pratique du facilitateur ?

Cet article fait particulièrement écho au préambule du code d’éthique de l’IAF qui définit ainsi le rôle du faciltateur :

« Les facilitateurs ont pour rôle d’accompagner de manière impartiale des groupes à devenir plus efficients. Ils mènent les groupes à travers des processus de travail garantissant participation de tous et atteinte des résultats ».

Impartial qui signifie ici non impliqué dans le contenu. C’est différent de la neutralité qui ne saurait être atteinte complètement. Nous avons en effet toujours un regard subjectif porté sur ce que nous entendons. L’idée est d’en avoir conscience et de garder une distance avec notre envie de juger.
La seule expertise que le facilitateur peut alors revendiquer est celle de l’intelligence collective. C’est un expert du fonctionnement des groupes qui sait quelles conditions mettre en place pour tirer le meilleur parti du collectif.

Il ne saurait s’impliquer dans le contenu produit par les participants et revendiquer son expertise sur le sujet au risque de déstabiliser le groupe et de lui faire perdre en autonomie, en cohésion et en capacité de production. (cf notre article qui compare le facilitateur à un joueur de curling https://media.worklab.fr/role-du-facilitateur-atelier-collaboratif/).

Il est alors de notre responsabilité de facilitateur de s’engager sur des missions de facilitation si nous ne nous sentons pas trop engagé dans le contenu, si le sujet ne nous tient pas trop à cœur.

Confidentialité

Nous maintenons la confidentialité des informations. Nous observons la confidentialité de toutes les informations client. Par conséquent, nous ne partageons pas d’informations sur un client au sein ou en dehors de son organisation, nous ne rapportons pas non plus le contenu du groupe, ni les opinions individuelles ou le comportement de membres du groupe sans consentement. 

En quoi cet article est-il éclairant pour la pratique du facilitateur ?

La notion de confidentialité peut paraitre évidente pour certains mais il est utile de la poser clairement avec son sponsor et de le donner explicitement au groupe quand vous co-construisez ou rappelez le cadre de fonctionnement en début d’atelier. Cela fait partie du cadre de confiance nécessaire à la libre expression.

  1. Développement professionnel

Nous sommes responsables de l’amélioration continue de nos compétences et connaissances en matière de facilitation. Nous apprenons et grandissons continuellement. Nous recherchons des opportunités pour améliorer nos connaissances et nos compétences en animation afin de mieux aider les groupes dans leur travail. Nous restons au courant dans le domaine de la facilitation grâce à nos expériences de groupe pratiques et à notre développement personnel continu. Nous offrons nos compétences dans un esprit de collaboration pour développer nos pratiques de travail professionnelles. 

En quoi cet article est-il éclairant pour la pratique du facilitateur ?

La facilitation est un métier de pratique et non de théorie. J’aime me dire que mon métier est un métier qui me permet de grandir, d’avancer vers la connaissance de moi et du fonctionnement des groupes. C’est un métier où l’expérience nous amène sans cesse à nous remettre en question, à ajuster nos actions pour aller au plus juste par rapport à nous et aux groupes. Et c’est encore mieux de partager ces d’expériences entre pairs, dans la co-animation ou bien dans des ateliers d’échanges de pratiques ! C’est pour moi la meilleure façon de grandir ! (cf article sur le sujet pour plus de précision https://media.worklab.fr/facilitation-pratique-experience/).

 

À propos de Margaux Pasquet

Facilitatrice et formatrice WORKLAB

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