Comment faire grandir les idées d’un groupe ?

Les grandes idées ont besoin de silence, de douceur, elles ont besoin qu’on les mette en confiance

David Foenkinos

Connaissez-vous l’histoire du post-it ?

C’est celle d’un scientifique de chez l’entreprise 3M, Spencer Silver, qui en 1971 met au point une colle d’un genre spécial qui adhère légèrement aux surfaces mais sans former de liaison ferme. A l’époque 3M cherchait au contraire à mettre au point des adhésifs robustes, forts. Cette invention ne trouva pas d’application concrète, ce qui n’empêcha pas son inventeur de continuer à y croire et à en vanter les mérites plusieurs années durant auprès de ses collègues.

Ce n’est que quelques années plus tard qu’un collège de Spencer, Art Fry, eu l’idée d’utiliser ce procédé sur un morceau de papier pour s’en servir comme marque-page sur ses cahiers de chant.

C’est après ce premier test qu’il se rendit compte de toutes les possibilités d’usage de cette colle et donna alors naissance aux post-its que nous connaissons, commercialisés pour la première fois en 1980.

Que nous montre cette histoire vraie ?

Que de transformer des idées en concept innovant n’est pas immédiat. Qu’il faut parfois du temps pour qu’une idée rencontre un contexte favorable. Qu’il faut surtout et avant tout des porteurs convaincus et convaincant capables de transformer ces idées.

C’est justement ce à quoi je veille quand j’anime des ateliers de co-construction. Le plus important pour moi n’est pas d’aboutir à l’Idée Magique à la fin d’un atelier mais d’aboutir à la structuration de concepts transformés en plan d’action et portés par des participants convaincus et prêts à se lancer dans l’expérimentation.

Voici quelques astuces d’animation que j’utilise pour arriver à ce résultat :

1 – Première chose à avoir en tête : la posture du facilitateur.

Pour rappel le facilitateur est celui qui se positionne en retrait d’un groupe de travail pour accompagner sa réflexion et aider à ce qu’il aille le plus loin possible. Lorsque j’anime des ateliers de co-construction je veille à garder cette posture de facilitatrice.

Or pour aider au développement de concepts forts portés par des participants convaincus, le facilitateur doit être d’abord et avant tout être dans une posture d’accueil et être convaincu du potentiel de chaque idée et de chaque intervention de vos participants.

Comme nous dit Carl R. Rogers dans L’approche centrée sur la personne, « La priorité des priorités, pour moi, c’est d’essayer de comprendre exactement ce que veut dire la personne qui parle. Ma démarche consiste à aller, dans toute la mesure du possible, à l’essentiel, à dégager le sens qu’il revêt pour l’intéressé, et à relancer la communication sur cette base. »

2 – Deuxième élément fondamental pour aboutir à des idées puissantes : le temps

Il nous arrive souvent en tant que facilitateur de devoir animer des ateliers en un temps très restreint avec de forts objectifs à devoir atteindre.

Or mener une réflexion collective de qualité et aboutir à des solutions puissantes et portées collectivement, cela prend du temps !

Il est en effet rare qu’en 2 heures d’atelier ou même ½ journée un groupe ait eu suffisamment de temps pour collectivement prendre conscience des tenants et aboutissants de leur problématique de travail et pour apporter des solutions pertinentes et concrètes. Tout cela nécessite souvent beaucoup plus de temps. Du temps de maturation, de prise de recul, de recherche d’informations ou d’inspirations, de débats, d’expérimentation, d’aller-retours avec le terrain.  

A quand un mouvement autour de la « slow-facilitation » ?

Mais laisser du temps pour quoi concrètement ?

1 – Laisser tout d’abord du temps pour approfondir les idées.

Profitez du temps de vos ateliers de travail collaboratif pour que les participants émettent de nouvelles idées de solution à leur problématique mais également pour qu’ils les transforment, qu’ils les structurent, qu’ils les aboutir en concepts concrets. 

Animer un atelier de co-construction repose souvent sur l’alternance de phases de divergence et de convergence.

Une phase de divergence qui ouvre le champ des possibles où on s’autorise à sortir du cadre (c’est ce qu’on connait bien avec le brainstorming).

Une phase de convergence où on redescend dans la matière pour aboutit à des concepts concrets.

Cette alternance de phases divergentes et convergentes permet ainsi de s’autoriser à émettre des idées farfelues seront ensuite retravaillées par le groupe en phase d’approfondissement. C’est s’autoriser à faire un pas de côté pour mieux revenir dans le concret.

Après une première phase de créativité où quelques idées farfelues seront sorties dans le groupe, voici une question simple que je vais poser au groupe pour retravailler chacune de ces idées farfelues : « Qu’est ce qui est intéressant dans cette idée ? Quel concept concret vous pouvez simplement tirer de cette idée ? ». L’idée sera alors de redescendre en douceur vers des concepts toujours plus concrets prenant progressivement en compte tout le champ de contraintes du groupe (faisabilité technique, budget, temps, …). 

Plus vous vous autorisez à accompagner le groupe dans l’émission d’idées farfelues, plus il vous faudra du temps pour les faire redescendre dans la matière.

Si vous ne prenez pas ce temps avec le groupe, les idées farfelues seront forcément mises de côté. Or si vous prenez ce temps avec le groupe, vous verrez que derrière chaque idée, même la plus farfelue, il y a toujours du potentiel.

N’hésitez pas également, quand cela est possible, à revenir plusieurs fois sur les idées lors de plusieurs ateliers. Laisser du temps de réflexion personnelle permettra aux participants de laisser décanter ce qui aura été produit en atelier et de revenir aux prochains avec plus de recul.

2 – Laisser également du temps pour structurer les idées en plans d’actions

Plus les idées seront détaillées de manière concrètes et opérationnelles, plus vous renforcerez l’engagement de vos participants et plus les idées auront des chances d’être développées efficacement à l’issue de votre atelier.

Pour cela n’hésitez pas à laisser du temps aux participants pour peaufiner leur plan d’action (lire l’article « Comment maintenir une dynamique positive de vos collaborateurs après un atelier »)

Enfin laisser du temps pour expérimenter.

On ne connait vraiment la valeur d’un concept qu’à travers son expérimentation. Acceptez de laisser du temps pour tester vos idées à la sortie de vos ateliers. C’est le terrain qui éprouvera la valeur d’une idée. Acceptez de revenir en plusieurs fois sur vos idées, de faire des aller-retours avec le terrain.

À propos de Margaux Pasquet

Facilitatrice et formatrice WORKLAB

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