Comment faciliter l’expression des émotions dans une réunion ?

 

Les émotions sont une partie intégrante et inséparable de la vie organisationnelle de tous les jours. Depuis les moments d’anéantissement ou de joie, de peine ou de peur, jusqu’à la sensation permanente d’insatisfaction ou d’emprisonnement, l’expérience au travail est saturée de sentiments

Ashforth et Humphrey      

Avez-vous déjà connu ces moments en réunion où vous sentez que des choses doivent sortir mais que les gens n’arrivent pas à exprimer leurs ressentis, que des choses sont tues ?

Vous le voyez bien, des émotions passent sur les visages de vos participants sans que vous puissiez saisir ce qu’ils pensent ou ressentent vraiment.

On parle de dissonance émotionnelle, dissonance qui apparaît quand les émotions ressenties sont en contradiction avec les normes comportementales de l’organisation. (La dissonance émotionnelle au travail : une approche ethnométhodologique, Delphine Van Hoorebeke)

Alors, comment faciliter l’expression des émotions dans une réunion ?

Une des compétences clé dans l’animation de groupe est de pouvoir détecter les émotions et ressentis réels de vos participants, de limiter cette dissonance émotionnelle.

Un temps collaboratif efficace est celui où chacun exprime ce qu’il pense réellement, ce qu’il ressent. Un temps où les participants ne sont pas simplement là en tant que représentant d’un métier, d’une fonction. Pour mener au mieux un temps collaboratif, l’animateur va avoir besoin des participants avec tout ce qu’ils sont, y compris leurs émotions, leurs ressentis. 

Or, les participants ne se sentent pas nécessairement à l’aise pour communiquer leurs émotions et ressentis.

Un levier peut vous y aider : le photolangage.

Qu’est ce que le photolangage ?

Le photolangage est une méthode de médiation inventée dans les années 60 par des équipes d’animateurs et de psychosociologues. Au départ destiné au public adolescent pour faciliter la prise de parole en public, cette méthode reposait sur l’utilisation de photographies. Par la suite, la méthode s’est développée dans différents champs, notamment celui de la formation.

Dans cet article, je considère le photolangage au sens large comme l’utilisation d’images dans l’animation de vos groupes de travail. Ces images peuvent être des photographies, des illustrations, des symboles, des pictogrammes.

Le photolangage facilite l’expression d’émotions, ressentis et perceptions individuelles dans un groupe car il est tout d’abord plus facile de parler de soi en se « protégeant » derrière une image.

Si par exemple vous voulez savoir comment les membres d’une équipe se sont sentis dans un projet qui vient de se terminer, vous pouvez leur demander de choisir une image parmi celles que vous disposez sur la table qui représente pour eux le mieux leur ressenti personnel sur le projet terminé. Les participants auront probablement plus de facilité à s’exprimer à travers la carte choisie que d’«avouer» leur ressenti personnel dans le blanc des yeux de leurs collègues.

De plus, l’image aide souvent à délier les langues et à rendre plus tangibles des émotions ou ressentis qui peuvent parfois être complexes ou confus.

Mais alors, quels outils de photolangage utiliser me diriez-vous ?

La réponse, mon cher Watson, est que tout dépend des objectifs, du temps que vous avez, de votre public ou bien de votre sensibilité en tant qu’animateur.

Il existe une multitude d’outils de photolangage. Cela peut aller de photos explicites à des images plus métaphoriques.

Comme tous les facilitateurs du Worklab, j’utilise par exemple le jeu DIXIT qui se trouve très facilement dans le commerce. Les cartes DIXIT ont l’avantage d’offrir pleins de clés de lecture aux participants.

Les cartes DIXIT peuvent s’utiliser sur tous types de questions.

Exemples :

  • « Choisissez individuellement une carte qui représente pour vous le mieux votre état d’esprit de ce matin, là tout de suite »,
  • « Choisissez une carte qui représente pour le mieux votre rapport aux enjeux du projet/de la réunion/du plan de transformation », …

Il m’arrive également d’utiliser des supports comme l’arbre à personnages. Ce type de support, basé sur la représentation dessinée d’un groupe de personnages, est idéal pour exprimer son ressenti par rapport à un collectif ou à une vision.

Exemples :

  • « Choisissez individuellement un personnage qui représente pour vous le mieux la place que vous souhaitez prendre dans cette équipe projet »
  • « Choisissez un personnage qui représente le mieux votre rapport aux enjeux de ce projet », …

Des images plus réalistes comme la photographie peuvent parfois être plus faciles à appréhender pour certains types de publics qui auraient plus de mal avec les dessins ou les métaphores visuelles.

Sur des questions de management, j’utilise les Cartes des forces par Positran pour faciliter par exemple l’expression des participants sur leurs forces/qualités ou sur celles de leurs collègues.

Mais il existe bien d’autres types d’outils de photolangage !

Allez jeter un œil du côté des magasins de jeux de société qui regorgent d’outils de photolangage divers et variés, et encore mieux tout ce qui touche au développement de l’intelligence émotionnelle.

Mais vous pouvez aussi créer vos propres supports de photolangage !

Il existe de nombreuses banques d’images en haute définition libres de droit (pixabay, gratisography, nounproject, unsplash, …). Vous pouvez aussi vous essayer à la facilitation graphique et dessiner vous-mêmes vos supports.

Et si vraiment ce sujet vous intéresse, cliquez ici pour découvrir notre formation à la facilitation graphique.

Bon mais c’est bien beau tout ça, mais comment utiliser au mieux ces outils ? 

Voici quelques précautions d’animation que je vous propose :

1 – Posez un cadre de sécurité.

Soyez conscient que ces temps de partage sont sensibles. Il peut être utile de clarifier le cadre avec vos participants en introduction. Prévenez par exemple qu’il n’y aura pas de jugement à avoir sur ce qui sera dit par les participants. Vous pouvez également préciser qu’il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises réponses à ce jeu, vous êtes juste là pour entendre l’expression des ressentis et perceptions de chacun.

2 – Placez-vous en cercle avec vos participants.

Vous pouvez être debout ou assis. Le cercle, sans table entre vous ni objets comme les téléphones ou les ordinateurs, renforce la connexion entre les participants et limite les décrochages et perturbations. Cela installe des temps d’écoute dans un plus grand respect de ce qui est partagé par chacun. Attention à l’adapter en fonction de la taille du groupe. Si vous êtes plus de 10-12 dans la réunion faites plusieurs groupes pour maintenir un bon niveau d’écoute entre les participants.

3 – Choisissez un usage précis, une consigne précise.

Soyez clair dans ce que vous attendez de vos participants. Est-ce par exemple le fait que chacun s’exprime sur sa perception de la place qu’il ou elle pense avoir aujourd’hui dans l’équipe projet ? Ou est-ce plutôt que chacun s’exprime sur la place qu’il souhaiterait prendre dans cette équipe projet ?

Cette subtilité d’énonciation ne fera pas faire le même travail aux participants. Nous avons d’ailleurs écrit un article la dessus : Comment donner des consignes efficaces en atelier ?

4 – Une fois que chaque participant a choisi son image, demandez-leur de la présenter et d’expliquer pourquoi il ou elle a choisi cette image.

Ce qui compte dans ce genre d’exercice ce n’est pas l’image qui est choisie mais la justification. Il n’y a pas d’interprétation exacte ou fausse de l’image. Il n’y a que des interprétations justes parce qu’individuelles des images. L’image n’est en fait qu’un moyen de favoriser l’expression des ressentis participants.

5 – Et enfin, last but not least, posez la règle du « Je » plutôt que le « On » ou le « Nous».

En effet, en posant cette règle vous facilitez l’expression personnelle et limitez la généralisation avec l’usage des « on » et des « nous ». Le message que vous envoyez en tant qu’animateur est que vous souhaitez entendre les ressentis personnels de chacun à leur niveau et pas une généralisation au niveau du collectif.

N’hésitez pas à nous partager dans les commentaires d’autres outils de photolangage que vous utilisez.

À propos de Margaux Pasquet

Facilitatrice et formatrice WORKLAB

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